La Maison du Chanoine
Haut lieu de la céramique en Puisaye

Le Chaineau. F- 89520 TREIGNY

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EXPOSITIONS

Tous les étés depuis 1982, l'Association de Potiers Créateurs de Puisaye regroupe ses adhérents dans une ancienne fabrique artisanale : La Maison du Chanoine dont le pittoresque dédale leur permets de presenter au mieux leurs oeuvres et celles de leurs invités, autres potiers éminents français et étrangers...

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Entrée de la maison du Chanoine.
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Oeuvres de F.Eve dans la salle des cadres

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Oeuvre de T. Chagué

Les Animations dans le verger de la Maison du Chanoine
Tous les ans , le deuxième Week-end du mois d'août, l'A.P.C.P organise les "Animations-Rencontres" du chaîneau : Grand rendez-vous des professionnels, des amateurs et du public. En plus d'un marché de potiers d'environ 30 participants, beaucoup d'interventions et de démonstrations sont proposées : Cuissons, constructions de fours, tournage, ateliers pour enfants, vente aux enchères....etc.

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Les Fours-couchés :

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Oeuvres de Fanny Ferré dans le grand four.
1993.
...Sous la voûte des vastes anciens fours à bois en forme de bateaux renversés, patinés par le feu ardents, de somptueuses salles d'expositions ont été aménagées. Potiers et sculpteurs de terre et de faïence exposent ainsi la diversité de leurs travaux, d'un niveau tout à fait remarquable ; on y trouve aussi bien de très beau bols et assiettes à des prix accessibles que des oeuvres uniques créees par des artistes habitués des grandes expositions internationales!

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"Hommage aux potiers". Haguiko.


UN PEU D'HISTOIRE

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Pierre Grossier dernier potier au Chaîneau.

La Maison du Chanoine

Dans l’ensemble potier de la Puisaye, Treigny représentait un bastion très important. Dans la période précédant la 1ère guerre mondiale, 14 ateliers de poterie fonctionnaient encore. Au hameau du Chêneau 3 fours couchés subsistent à ce jour dont 2 font partie de la Maison du Chanoine.

La famille Briot y a construit un premier four en 1774. Viennent y travailler ensuite les familles Bernot et Degoué, et enfin la famille Grossier dont l’activité dure jusqu’en 1890. Le dernier potier est Pierre Grossier dont le fils Pierre-Georges, après son apprentissage de potier, entre au séminaire et devient prêtre. Après des années de travail en Angleterre il exerce les fonctions de professeur au grand séminaire de Sens. Il passe ses vacances puis ses années de retraite au Chêneau dans la maison de son père, transformant en chapelle le four paternel. Il utilise la roue du tour en guise d’autel. Pendant cette période il écrit plusieurs livres de poèmes, souvenirs, contes et études historiques sur sa Puisaye natale. Avant sa mort en 1968, le chanoine Grossier a cédé l’ensemble des bâtiments à Mme Lepage-Allard, originaire du Chêneau et à son mari Paul-Marie Lepage, artiste peintre et professeur de dessin qui a exercé son professorat principalement à Troyes et aux Antilles avec son épouse enseignante en Lettres. En 1966 ils s’installent au Chêneau, et Paul-Marie Lepage aménage en salle d’exposition les ateliers et les fours pour y inviter, chaque été, ses amis peintres, potiers et tisserands. C’est en souvenir de Pierre- Georges que le lieu prend le nom de "Maison du Chanoine".

La large générosité de Paul-Marie Lepage attire un public de plus en plus fidèle aux expositions des "Artistes de Bourgogne".

Après une brève interruption en 1976, à la mort de Mr Lepage, Mme Lepage maintient la tradition. La participation des potiers devient plus importante avec la formation en 1981 de l’"Association des Potiers Créateurs de Puisaye" (APCP), si bien qu’après le décès de Mme Lepage en 1986 (Mme Lepage-Allard, au cours de son séjour au Chêneau a publié plusieurs plaquettes de poèmes et de contes sur son terroir), l’Association reprend très naturellement l’activité estivale de la "Maison du Chanoine", dès lors consacrée exclusivement à la Céramique Contemporaine, et y invite des céramistes confirmés de tous les coins de l’Hexagone. Par suite de cette spécialisation sa réputation s’étend et l’exposition devient une étape régulière des amateurs de céramique français et internationaux.

La "Maison du Chanoine" se veut lieu privilégié et vivant de la céramique et de la poterie dans le temps et dans l’espace.

A. de Vinck

La cuisson dans les fours traditionnels de Puisaye

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La cuisson constituait le temps fort par excellence dans la vie des ateliers traditionnels, un « moment », sorte de point d’orgue tel que ne le connaissent plus les ateliers actuels.

Tout d’abord la cuisson est l’aboutissement d’une longue periode de de travail, d’un long effort de toute l’équipe : le marcheux, les trois tourneurs, l’anseuse, le fendeur. Pensons que, dans la seconde moitié du XIXème siècle une fournée « consomme » 15 à 16 mètres cubes de terre ! Dans les petits fours du XVIIIème siècle (20 à 25 mètres cubes) on cuit tous les mois, ou du moins une douzaine de fois par an. Dans ceux du XIXème (40, 50 puis 70, 80 m3 voire plus) 5 à 9 fois par an. C’est donc le travail d’un à deux mois qui est en jeu, les salaires correspondants, les matières premières : la terre, 40 stères de bois, 4000 fagots ; et bien sûr l’espoir de rentrées d’argent importantes puisqu’on attend la cuisson pour satisfaire les volumineuses commandes des grossistes.

Les potiers de Puisaye ont-ils réellement recherché un équilibre entre le volume de leurs fours couchés (en constante augmentation) et les conséquences économiques en cas de fournée manquée ? On peut en douter. En tout cas le risque était énorme et devait faire peser sur les jours de cuisson une tension de tous les instants. Le cas de fournée « tombée dans la fosse » n’était pas rare et se soldait souvent par la ruine du maître-potier qui se voyait alors obligé de vendre sa poterie à son marchand de bois. Le bois représentait en effet la dépense la plus importante dans le prix de revient total d’une fournée soit 37 % (30 % pour la main d’ceuvre).

Ensuite les 5 ou 6 jours de cuisson sont des jours un peu fous pour les potiers qui, à la tension déjà évoquée, voient s’ajouter la fatigue physique et la fièvre d’un travail éprouvant quasi permanent. On note ainsi sur un carnet d’ouvrier : « 1 journée le 8 nuit, chauffer – 1 journée le 9, chauffer – 1 journée le 9 nuit, chauffer - 1 journée le 10, chauffer...

Enfin, au plan social la cuisson a une importance dans le rythme des jours. Dans beaucoup de hameaux comme à La Ratterie, aux Brioux sur Arquian, au Boissenet ou au Chaîneau sur Treigny et en tant d’autres endroits perdus dans le bocage poyaudin, les poteries sont des lieux de rencontre et d’évènements : visite des marchands, charrois de bois, de terre, de pots et les jours de cuisson ne sont pas les moindres. On vient s’informer, bavarder, boire un coup, donner un coup de main, on reste une heure, une nuit, en ressassant les mêmes bonnes histoires, les souvenirs...

Le méticuleux travail d’enfournement terminé (10 journées) le têtin bouché, la cuisson peut commencer. D’abord un feu de séchage réalisé avec des souches que l’on vient « secouer » de temps en temps. Les potiers achètent pour cela dans les coupes « de la racine » qui n’est autre que les souches arrachées des coupes précédentes. Après un ou deux jours de ce régime qui n’exige pas une présence continue, commence le « petit feu » proprement dit, alimenté avec du gros bois connu et commercialisé sous le nom de « moulée » (1,14 m) fendu et bien sec. Les potiers en ont toujours un stock important, entassé sur la place à bois à côté des volumineux tas de fagots. Les tas sont d’autant plus importants que la poterie est prospère. Trois à quatre jours, telle est la durée de ce petit feu, lentement et très progressivement augmenté. Au début, le cendrier étant vidé des braises de la cuisson précédente, le bois est passé par l’ouverture inférieure, celle du cendrier précisément. Puis la braise s’entassant, il est passé par la gueule, réparti sur la largeur, en prenant garde de préserver un bon tirage. Au début, on vient l’alimenter par intermittences, puis de plus en plus la présence permanente d’un puis deux chauffeurs devient nécessaire. Des aides approchent le bois, la loge étant déjà pleine de fagots. On se penche pour observer, à travers la gueule du four la couleur de la grille de brique qui sépare le foyer de la chambre où est entassée, sous la voûte, la fournée de pots. Rouge sombre, rouge... Elle passera plus tard à l’orangé, au jaune puis au blanc. Mais pour le moment l’atmosphère est encore calme, on peut discuter, boire un verre.

Peu à peu cependant, le feu prend de l’ampleur, le bois crépite aussitôt jeté, le four ronfle. La température doit monter régulièrement, en évitant les paliers et plus encore les chutes difficiles à « remonter » par exemple en cas de débraisage mal conduit, trop lent, quand la braise s’est accumulée (bois pas assez sec, mauvais tirage). Si l’on monte trop vite dans ces fours allongés, c’est trop chaud à la grille et pas assez au têtin. S’il faut débraiser, on met en batterie le rouèble, lourde houe de fer à l’extrêmité d’un long manche - une perche de charme - suspendue par une chaîne à la charpente de la loge pour en faciliter le maniement. Par un balancement plongeant le rouèble s’enfonce dans le brasier et tire la braise à l’extérieur. Eteinte par arrosage, elle est stockée dans la « place à braise », renfoncement dans la maçonnerie latérale du four, près de la gueule. Elle sera vendue pour les fourneaux domestiques à braise ou utilisée dans la « chambre noire » contiguë à l’atelier pour le sèchage des poteries dans la période hivernale. A l’aide de la broche à témoins, on retire un ou deux témoins ou « cornets » des logettes du têtin. A la couleur, à l’état de cuisson de la terre, de fusion de l’émail, on estime la température.

Le grand feu peut commencer. Le travail change de rythme. La loge devant le four, emplie de fagots, va se vider peu à peu. Les fagots des potiers sont appelés par eux et les marchands de bois : « ramillons » ou encore bourrées... Achetées par dizaines de milliers ils sont en fait un compromis entre ce qu’on appelle en Puisaye fagots (bottes de menus branchages de la grosseur des doigts) et les bourrées (bottes de brindilles, extrêmités des branches de charme, de bouleau, voire d’épine noire, les plus cotées utilisées surtout par les boulangers). Les deux produits se trouvent mélangés dans les ramillons des potiers. Longs d’environ 1,5 m, leur diamètre est inférieur à celui des fagots et bourrées ordinaires et n’excède guère les 20 cm, afin de passer plus aisément par la gueule du four et aussi de brûler plus vite et sans charbonner.

Des aides approchent les bourrées pour les deux cuiseurs : l’un à gauche de la gueule et qui lance sa bourrée dans la partie droite du foyer, l’autre à droite et qui lance à gauche, sans avoir ainsi à se placer en face, dans l’axe brûlant de la gueule.

Peu à peu le rythme s’accélère. Le ronflement du four se transforme en halètement, une monstrueuse aspiration qui va s’accélérant. Les flammes s’engouffrent par les ouvertures de la grille, sur le pourtour de la voûte aussi, traversent le four et sortent par les « créneaux » du têtin. Nouveau contrôle de la température par prélèvement dans la série de cornets. On monte aussi pieds nus sur le dôme de sable qui charge la voîîte. Moment décisif. Faut- il continuer ? Faut-il arrêter ? Le maître-potier sait que la température va s’élever encore un peu après le bouchage. Il peut en tenir compte pour éviter une consommation de bois superflue. Sa décision est aussi fonction de la composition de la fournée. Terre dure, terre tendre, dans quelles parties du four ? Quel émaillage ? A-t-il ajouté du minium de plomb au laitier, dans quelles proportions ? A-t-il placé au têtin des pièces culinaires à ne pas grèser ? Tout cela le maître-potier y pense déjà depuis des jours. Comme il pense aussi à telle pile dans la fournée, peut-être un peu risquée, peut-être un peu mal calée, peut-être trop chargée ou pas assez inclinée pour compenser le retrait plus important du côté du foyer... Comme à chaque fois, l’enjeu est important, vital même. On discute, on compare. On repense aux cuissons faites aux côtés du père... Enfin la décision est prise, on arrête.

Le têtin et la gueule sont minutieusement obturés au moyen de briques et de vieux pots jointoyés à l’argile mêlée de sable. Dans une bonne semaine on commencera à déboucher le têtin avec d’infinies précautions. Mais un nouveau cycle est déjà amorcé,

les « roues à poterie » tournent... La vie continue.

Marcel POULET